Singulier en son siècle, loin des modes et des engouements passagers, Max Rouquette est l'auteur d'une œuvre foisonnante à la dimension
universelle. Prose, poésie, théâtre... aucun domaine n'a échappé à sa plume exceptionnelle, et si l'usage de l'occitan auquel il
souhaitait rendre toute sa noblesse a retardé sa reconnaissance, il est aujourd'hui unanimement apprécié, bien au-delà de nos frontières.
Traduit en plusieurs langues, étudié dans les universités américaines et encensé par la critique, Max Rouquette, dans son propre pays,
est paradoxalement méconnu du grand public.
La poésie de Max Rouquette : une parole saisie à sa source
par Jean-Claude Forêt
L'œuvre de Max Rouquette ancre sa continuité dans la fascination charnelle pour une nature à la fois
humble et somptueuse, celle de l'arrière-pays montpelliérain, mais marquée du sceau du temps et du néant. Au point qu'on se demande si cette longue
entreprise littéraire n'a pas d'autre projet que de saisir le vide et la substance fugitive du temps derrière la présence sereine des choses
qui se confondent avec les mots immémoriaux de l'occitan.
Un premier pan de l'œuvre est formé par les proses poétiques et narratives des cinq tomes de Vert Paradis.
Le premier tome regroupe des textes parus en revues (Oc, Calendau), dont le premier, Le secret de l'herbe, introduisait dès 1934 le thème essentiel
de la vie minuscule des plantes, des insectes et des oiseaux. Sept d'entre eux ont pour cadre Argelliers ou ses garrigues (et le Larzac pour Le hautbois
de neige), dont ils célèbrent la beauté, tragique dans sa fragilité et douloureuse pour l'homme, qui s'en ressent comme exilé. La tâche de l'écrivain
sera d'exprimer au plus près ce paradis et cette douleur secrète. Dans ce volume, et plus encore dans le deuxième (1973), plus narratif, le récit
relate souvent de longues agonies solitaires et résignées dans la splendeur indifférente de la nature : Cendre mòrta, La Mandra dins lo pesquièr,
L'Irange, L'Ataüt de J.-E. Fabre, Una figuièra per Caçòla sont construits sur la mort d'une bête, renard ou insecte, d'un homme ou d'un mas.
Les trois autres tomes, Le grand théâtre de Dieu (1986), L'oeil du chat (1987), Les roseaux de Midas (1990) continuent cette
interrogation sur le mystère de l'être et du temps. Deux autres volumes, Le Corbeau rouge (1998), Le Livre de Sara (1999), rassemblent
en traduction française des textes occitans épars ou encore inédits.
La poésie de Max Rouquette procède, dans une forme différente, de la même inspiration que Vert Paradís. Le poète tente de
pénétrer dans un univers dont l'homme est exclus, l'intimité, par exemple, des bêtes et des plantes, araignée, grillon, crapaud, merle, bruyère et
herbe d'eau. Il tente d'entendre et de rendre à son tour, par une parole saisie à sa source, "le chant du monde". Les psaumes de la nuit (1984),
qui regroupent en trois parties des poèmes déjà publiés en recueils, s'efforcent de construire avec peu de mots cette musique de silence.
Le Tourment de la Licorne (1988) exprime dans son seul titre l'amertume de ce rêve inaccompli.
Le troisième recueil, D'aicí mil ans de lutz (1994), continue de méditer sur l'infini de la durée et de l'espace, sur le temps destructeur, sur
la matière qui se dissout dans les miroirs et les reflets, dans l'eau, la neige et les nuages, les ruines et les pierres, celles du château d'Aumelas
par exemple. La forme poétique reste stable au long de ces trois sommes: une forme brève, avec des poèmes qui excèdent rarement la page et des
vers plutôt courts, six, huit ou dix syllabes souvent, réguliers ou libres, parfois rimés dans le premier recueil, une forme souple destinée à
capter les inflexions d'une parole qui rêve de se faire silence.
Max Rouquette est également l'auteur d'une importante œuvre théâtrale, couronnée en 1998 par la représentation de sa pièce Le glossaire
à la Comédie Française. Plus récemment, sa Médée, mise en scène par Jean-Louis Martinelli, a fait une tournée triomphale.
Très sensible à la photographie et à la poésie des images, Max Rouquette a publié plusieurs ouvrages en collaboration avec des photographes.
C'est le Lac du Salagou, miroir aux cent visages (1996, réédité en 2005),
qui marque la rencontre de l'écrivain avec Georges Souche, suivi de LARZAC
publié par Cardabelle en 1999.
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