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Ce pays, bien sûr, vous le connaissez. Ou croyez le connaître. Sa lumière est limpide, sans surprise.
Toujours le soleil, et puis la douceur paisible des crépuscules, et la mer immobile, miroir de sérénité
et d’oubli, où se dissolvent les siècles. Aucun mystère. Tout cela n’est pas faux, bien sûr. Mais c’est
simplement la surface trompeuse de la vérité. Cette apparence est mensongère. Il faut aller au-delà.
On le mesure en parcourant cette exposition. Le pays d’oc y apparaît revisité par la prunelle ardente de
deux photographes qui dévoilent cette évidence qu’aucun dépliant touristique ne montrera. Partout le mystère,
l’angoisse, l’absence douloureuse, la soif. La sérénité prend des reliefs cruels. C’est le contraire de
l’image conventionnelle. Il n’y a plus de certitude, plus de terrain ferme où poser son pied en sécurité.
Fondrières palustres, chaos lapiazés et champs de crevasses, reliefs tourmentés. Regardez donc ces ciels :
ils sont trop bleus. Ils annoncent les tempêtes. Et la brume. Les cailloux trop âpres. Et ces murailles qui
s’effondrent, éblouissantes de désespoir, sans mesure. Et les taillis, farouches, d’un vert bien trop cruel.
Ronces, salsepareilles. La photographie en fait resplendir l’évidence.
Et sur quoi donc peut-elle déboucher cette grande lézarde de malaise existentiel qui déchire ces apparences
que nous aurions cru tant sereines ? Le texte jumelé aux photographies nous fait entrevoir la réponse à cette
question. Car au-delà des images somptueuses et de l’émoi secret qu’elles recèlent, il y a un imaginaire immense,
consubstantiel à la structure même de la langue d’oc. Cet instrument surprenant forgé pour la poésie pendant plus
d’un millénaire par les vies intenses, merveilleuses ou tragiques de tous ceux qui l’ont caressé ou façonné :
troubadours, preux chevaliers, rois, aventuriers baroques, belles amoureuses, paysans, gardiens de troupeaux.
Mille ans de vie buissonnière, mais aussi, on veut trop souvent le méconnaître, de littérature savante et raffinée.
Et toujours en marge des chemins battus et répertoriés. C’est cela même qui fait sa singularité captivante.
Et fait s’avancer la parole d’oc, toute nouvelle, étincelante, sur le seuil du troisième millénaire...
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